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07 sept, 2008

La télévision du futur, c’est le web ? (Reflexions personnelles sur la télé de demain)

Posted by: Ludobos In: Tech

Reflexions personnelles sur la télé de demain

Qu’est-ce que sera la télé de demain ? Quelles seront les nouvelles façons de la consommer ? C’est ce sur quoi planchent les états-major des télés du monde entier en ce moment.

Prenons le cas français aujourd’hui : les anciennes chaines hertziennes sont talonnés par les nouvelles venues de la TNT (nous sommes passés de 5 chaines gratuites à 18 un jour de mars 2005, plus encore avec les télés régionales, dont 7 en Ile de France), des nouveaux entrants (Orange) bouleversent la course aux droits audiovisuels. Vous pouvez regarder la télé par le hertzien analogique, numérique, le cable, le satellite ou l’ADSL, sur une télé de plus de 100 centimètres ou sur l’écran de votre IPhone.
Les moyens techniques et la montée du débit, surtout par l’augmentation du nombre de foyers équipés par l’ADSL et maintenant par la fibre ne sont plus un obstacle à une audience raisonnable, complétés par ceux qui regardent les programmes à l’intérieur de l’entreprise (si, si, je vous vois). Aujourd’hui, on vend plus de téléphones portables que de télé, le taux d’équipement en ordinateur est de 66% (66 foyers sur 100 possèdent un ordinateur) contre 45% en 2004, et il a été vendu 5 millions de PC en France en 2007. Ceci couplé à l’explosion des offres triple play (télévision, téléphone, internet) voir quadruple play (rajouter le téléphone mobile).

Et la télé, on la regarde toujours. En 2007, les individus de plus de 4 ans l’ont regardé en moyenne 3h27, soit plus de 3 minutes de plus qu’en 2006 (Sources Médiamétrie). Elle a même augmentée pour la fameuse Ménagère de moins de 50 ans de 1 minute. Sachant que ces chiffres ne prennent que marginalement les plus de 65 ans, ne prenant pas en compte le vieillissement de la population (plus de 17% de la population en 2008, plus de 30% en 2060), ils sont même sous-évalués. Nous regardons tous la télé, et nous la regardons encore plus en vieillissant.

Plus de moyens de regarder la télé et on l’a regarde autant, où est le problème ? On la regarde aussi différemment. l’avènement des chaînes de la TNT a accéléré le processus. 18 chaînes pour tous, pour moins de 100 euros sans abonnement. La part moyenne des chaînes historiques ( TF1, France Televisions, M6, Arte) baissent ou stagnent, et ceux de la TNT, par ces têtes de prou que sont TMC(TF1), W9(M6) et le surprenant Gulli. La télévision, dont le modèle économique était basé sur un audimat de masse, et sur de grands réseaux, leader en Europe pour TF1, est en train de basculer vers un audimat de niche, avec une segmentation très forte de son panel.

Rajouter à cela que les enfants à partir des années 80 ont été nourris aux jeux vidéos, que ceux des années 90 sont nés avec l’avènement d’Internet, que les Fournisseurs d’Accès à Internet (Orange pour commencer) commencent à contribuer à la création audiovisuel et vous voyez la problèmatique : le modèle économique des télévisions est en train de changer, et il faut s’adapter ou mourrir.

Les radios et journaux papiers ont enclenchés le mouvement : elles sont devenus multi-médias, faisant à la fois de la télé, de la radio et du contenu texte sous forme papier ou numériques, créant des radios ou des produits dérivés (blogs) de niche. Les télés ont commencé de leur côté mais la reflexion n’est pas fini.

D’abord par les programmes en multipliant les nouvelles offres. Nouvelles séries, nouveaux formats (finis les 90 minutes, vive les 52 minutes et bientôt les 26 minutes), dans des fictions encore dominés par les shows américains, plus rentables sur le court terme, et dont la qualité (réelle ou non) phagocyte la créativité française.

Puis par la diversification. La télé c’est l’image et seul le Web pouvait en rendre compte à un maximum de personnes. D’abord la Video On Demand payante locative ou définitive(vous téléchargez pour une courte période). Qui est un échec. A part de grosses séries américaines mises en ligne très peu de temps après leur diffusion (Lost par TF1 à l’hiver 2008), la VOD tarde à décoller par sa complexité d’utilisation. Le piratage généralisé, favorisé par les offres alléchantes des fournisseurs d’accès et la surenchère de débit a aussi joué un rôle important. Accentué par le manque de profondeur des catalogues mises à disposition par les majors de cinéma, qui n’ont pas voulu faire une offre profonde des années 30 à nos jours, pour garder la main par la vente des DVDs, et maintenant par l’investissement sur le HD-DVD, mort né et le Blu-Ray, dont on annonce déjà la disparition dans 5 ans. Un choix risqué pour les ayants-droits qui est en passe d’échouer. Les systèmes de protections(DRM) sur la musique et la vidéo sont aussi en passe de disparaître même si les Majors s’organisent pour le rendre plus open source et intéropérable (le grand défaut des protections aujourd’hui). Gaumont, qui avait signé un accord pluri-annuel avec CanalPlay pour la diffusion d’anciens et nouveaux films en janvier 2008, vient d’annoncer qu’une partie de ces films seront disponibles en chargement définitif(relisez une analyse très intéressante mais daté de l’automne 2007).

La stratégie a alors changé. Plutôt que d’essayer de chercher une rentabilité instantanée par la VOD, elles ont préféré mettre en place des relais de crédibilité pour améliorer leur image. Pour valoriser leurs programmes, c’est d’abord Arte+7 qui est arrivé à l’automne 2007, diffusant ces programmes des 7 derniers jours. Puis Canal + a offert à ses abonnés de revoir ses émissions sur le Web ainsi que quelques films ou séries. Enfin le M6 Replay a offert le même service qu’Arte, mais avec des contenus beaucoup plus populaires. Des services (gratuits) supplémentaires pour la notoriété, plutôt que de la rentabilité court-terme.

Ce ne sont que les prémices de la télé de rattrapage. Certaines Majors son encore réticentes, de par les technologies utilisés pour la protection de leurs contenus. Mais pour assurer la diffusion des oeuvres, il faudra trouver un consensus. Car ce sont bien deux industries qui sont en danger.

Mais la télé de rattrapage n’est finalement qu’un service temporaire.qui trouvera son prolongement sur les plateformes des fournisseurs d’accès (cf toutes les box existantes, chez Free, Neuf, Livebox… ) ou sur les téléphones mobiles. Son seul défaut finalement, c’est le nombre de contenus disponibles. Il n’y a seulement pour l’instant qu’une semaine disponible.

Wizzgo est une balle dans le pied des chaînes de télé en France. Le groupe M6 a d’ailleurs fait interdire la prise en compte de ses chaînes, dans une ordonnance du 6 août 2008. Mais Wizzgo est une idée révolutionnaire : un PC, Internet et vous pouvez revoir n’importe quel programme sur virtuellement toutes les chaînes disponibles, offrant même des services communautaires’partage de préférences entre amis, construction de playlist automatique à partir des choix de vos amis). C’est l’idée d’un “network video recorder” virtuel couplé à des fonctionnalités à la TiVo (magnétoscope numérique permettant d’enregistrer “automatiquement” des programmes connexes à ceux déjà enregistrés, uniquement aux USA, bien que Canal Plus avec Pilotime et Numericable avec Cable Box HD ait fait des incursions dans ce sens) avec un temps de programmation quasi infini. Si vous y ajoutez derrière un vrai modèle économique, avec un abonnement mensuel, basé sur la notoriété du programme, et le partage des revenus sous forme de royalties entre les diffuseurs principaux (les chaines de télé) et les ayants-droits (les Majors et les producteurs indépendants). Bienvenue dans l’ère de l’égocasting.

L’enregistrement à la diffusion, d’accord mais la VOD (sur PC) n’est pas morte. Sera-ce la VOD gratuite ? La VOD a divers modèle aujourd’hui. Pour des raisons de qualité, elle était souvent dans un mode de téléchargement. Mais l’ajout de DRM et de logiciels intermédiaires n’en facilitait pas l’utilisation. Mais les technologies de demain (le streaming en flash mais surtout en H264), permettront une diffusion plus aisée de programme en VOD. Cela a un autre avantage. L’augmentation du volume globale de vidéos diffusés sur le Web, notamment sur les plateformes vidéos collaboratives(Youtube, DailyMotion, MetaCafé et tant d’autres) n’est pas du goût des FAI (des techniciens, pas des marketeurs) : dès décembre 2006, le père de la Freebox, Rani Assaf, ne cachait pas son inquiètude sur la montée en puissance de ces réseaux sociaux. Pendant quelques jours en 2007, les abonnés de Neuf n’avaient plus accès à DailyMotion. La BBC, qui avait lancé l’iPlayer en 2007 aussi, sa télé de rattrapage, avait vu fondre sur lui les FAI qui demandaient des compensations. Les FAI annonçaient que la vidéo n’étaient pas faite pour Internet. Le problème essentiel c’est que souvent, l’offre des FAI est aujourd’hui en concurrence frontale avec les offres des chaînes sur Internet. Les FAI et les chaines jouent sur les mêmes plate-bandes. Et c’est peut être pour cela, finalement que l’on peut dire que la télévision, c’est le web. Parce que le web, finalement, c’est aujourd’hui, un peu la télévision.

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