Apatow ne fait pas tout : son monde est peuplé de nerd, de geek, personnes finalement peu représentés au cinéma (à part comme sidekick du héros superman), ce qui est déjà un premier choc. Le deuxième c’est que non seulement ils jouent trop à World of Warcraft, mais qu’en plus, ils boivent, fument, et même parfois baisent (et dans de rares cas à plusieurs, c’est-à-dire à 2), bref, c’est pas top, dans l’Amérique puritaine (alors qu’en France, c’est normal dans tout bon film germanopratin qui se respecte, mais tout cela menant à la dépression, cela revient au même)
Dans toute série comique américaine d’habitude normalement constituée, ton but est clair : la famille, la famille, la famille. Je pense tout de suite au Cosby Show, Arnold et Willy, Huit ça suffit, La Vie de Famille(avec le premier nerd noir de tous les temps qui ait volé la vedette dans une série familiale), Madame est servie et d’innombrables séries des années 80 et 90, le plaisir, le désir d’être ensemble était le ciment et le pivot de la série. Même dans Mariés, deux enfants, qui racontent la vie d’un vendeur de chaussures mysogine et paresseux, de sa femme tiroir-caisse, de la fille blonde et nympho et du petit frère toujours puceau, la série tourne autour du concept de la famille et que finalement, le père indigne ne serait rien sans sa femme, et que les enfants sont finalement les dignes et fiers rejetons de leurs parents.
Au milieu des années 90, Friends allaient même réinventer le concept de famille, en montrant que finalement, ta meilleure famille, ce sont tes amies ! Seul Seinfeld, Jerry, son héros nihiliste (la série se sous-titrait elle même « la série à propos de rien» , ‘about nothing’ en anglais), et son aéropage de personnages profiteurs, hableurs, égoistes et paresseux, mais toujours tracassés par cette absence d’» amour» , d’ame soeur, de cocon protecteur.
Même dans Sex and the city, il y a toujours eu cet attraction-répulsion pour l’amour, le mariage, les enfants, même si la vrai héroine de la série Dans les séries d’aujourd’hui, tout cela est terminé.
La crise est passée par là. L’amour, le mariage, les enfants, c’est bien beau, mais what else ? Tu as fait tout ce qu’on t’a dit de faire, mais au final, il y a toujours un malaise. Le divorce, les dettes, les enfants qui n’en font qu’à leur tête ? Apatow a-t-il raison ? Y-a-t-il une façon de mener sa vie ? Les jeux vidéos, le sexe (gratuit), l’alcool, la drogue, et même parfois le rock and roll ?
Autant dans les films et séries d’Apatow (l’excellent Freaks and Geeks ou l’inconnu Undeclared), les héros assument leur côté en dehors du monde, mais incorpore les codes classiques à leur propre monde en dehors des standards,
Dans the Big Bang Theory, le héros principal, Sheldon, ne veut rien changer. C’est un nerd dans le sens premier, il aime les sciences. Il aime la science-fiction, les comics, les jeux vidéo. On ne sait pas trop s’il aime les filles ou les garçons, mais en tout cas, il s’aime lui. Peu importe l’extérieur et la fille d’à côté. Sheldon est un héros Apatow.
Mais dans d’autres séries, le nouveau héros n’assume souvent pas ses propres désirs régressifs. Dans How I Met Your Mother, le thème principal de la série est la difficulté de l’engagement, alors que tout autour de vous vous demandent cette « stabilité» . Le héros, Ted, raconte en 2030, sa vie d’en 2008. Comment il a rencontré leur mère ? Flanqué du vrai héros de la série, Barney, qui multiplie les conquètes et les coups fourrés (si j’ose dire), et qui refuse qu’on lui impose quoi que ce soit, et un couple, Marshall et Lily, qui n’assument pas leur envie de vivre leur vie pour se marrier, et qui n’assument pas non plus leur « non-besoin» d’enfants. Flanquée de la journaliste qui elle a carrément peur des enfants. New York la solitaire, contre New Jersey la familiale, c’est tout l’enjeu de la série.
The New Adventure of the Old Christine et Gary Unmarried présentent une facette de la nouvelle société, américaine en particulier. Dans une société où l’on refuse le mariage aux homosexuels, 50% des mariages finissent en divorce. Ces séries racontent l’histoire d’une femme et d’un homme récemment divorcée, qui doivent élevée seuls leurs enfants. L’une, Christine, le vit mal au début, et se replie avec son frère dans une sorte de nostalgie destructrice. Mais au final, cette mère ultra-protectrice aime sa nouvelle vie, sans engagement, sans homme et sans contrainte. L’autre, se remet à draguer dès le premier épisode et force son fils de 14 ans coincé, d’amener la « hot chick» de son école, dans sa propre chambre (en gros ce qu’il aurait aimé faire lui même à son age) !
Et même chez les rednecks américains, il y a du changement. Dans My Name is Earl, un délinquant d’une petite ville près de la frontière mexicaine gagne à la loterie et se fait renverser par une voiture. Il y voit le signe du karma et décide de changer sa vie en réparant ses erreurs passés. Il y a 20 ans, cette série ce serait appelé les Routes du Paradis et il y a dix ans, les Anges du Bonheur, et cela aurait dégouliné de Dieu est amour et de bons sentiments. Point de cela ici. Earl est un ancien délinquant, et s’en souvient parfois, Dieu s’appelle Karma, son sidekick est son frère Randy, qui aime sa vie dans un motel avec son frère, d’une ex-femme complètement félé et égoiste, prête à tout pour son bonheur et ses enfants, et ses bonnes consciences sont un Noir qui cuisine des crabes, qui a couché avec la femme d’Earl pendant son mariage et qui semble toujours être sous l’emprise de cannabis, et la femme de ménage, mexicaine sans papier et strip-teaseuse pour boucler des fins de mois difficiles.Et Earl, sans misérabilisme aucun dans son motel pourri, sa Camarro et le RMI, vit sa vie de bon samaritain, et apprend que le vrai but de chacun n’est pas d’avoir une famille typique.
En quoi cela est-il régressif dans le bon sens du terme ? Ces séries américaines démontrent que finalement, il n’y a pas qu’un seul chemin, une seule voie tout tracée. Pas obligé de se marrier, d’avoir des enfants, ou d’être en famille pour être heureux dans sa vie. Le régressif trouve dans ses passions d’enfant ou d’adulte le moyen d’être heureux.
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